Le rapport à la mort

Le cycle de vie terrestre suppose qu’il y ait une naissance, une vie animale ou végétale et une mort, laquelle se traduit par une cessation de l’existence consciente, une enveloppe qui se retrouve inerte et tout un organisme qui s’arrête de fonctionner.

Or, depuis l’Antiquité au moins, les humains cherchent à allonger le temps de l’existence consciente pour leurs peuples, voire cherchent l’immortalité.  Bien sûr,  les autres espèces ne bénéficient pas du même traitement,  souvent considérées comme inférieures,  mangeables ou nuisibles. Mais l’humain semble indispensable… pour qui ? Pour lui-même sûrement.

Alors, comme la mort reste inéluctable,  l’humain cherche à la rendre justifiable en façonnant des « histoires » ou mythes,  parce que « ça ne peut pas s’arrêter comme ça ». Dans les cas où la Grande Faucheuse viendrait à accueillir des enfants, des parents, des aimé-e-s, c’est la peine et l’injustice qui prévalent. Et ces sentiments sont légitimes. Mais pour autant,  nous pouvons nous interroger sur notre rapport à la mort, sur nos peurs et nos espoirs,  sur nos valeurs et notre degré de tolérance.

Dans les cultes anciens,  il n’était pas rare qu’un Dieu meurt ou commette des fautes. Dans la mythologie nordique, Baldr (Dieu de la jeunesse,  de la beauté et du bonheur) est mort transpercé d’une branche de gui lancée par Höd, un Dieu aveugle. Chez les Sumeriens, Ishtar  a connu une sorte de mort et de résurrection en allant dans les enfers présidés par sa propre sœur. Plus récemment,  c’est sur une croix que Jésus a expérimenté la souffrance et l’agonie pour renaître trois jours plus tard…

Les exemples de ces Dieux et Déesses montrent aux humains que la puissance d’un être n’est pas une barrière au grand cycle du vivant. C’est ce cycle qui prévaut et il est nécessaire pour que la roue du temps puisse continuer sa course. On est donc en opposition par rapport à la recherche de l’immortalité et à la conception d’un Dieu ou de Dieux à la vie éternelle.

Pour compléter les réflexions sur le sujet,  trois autres aspects du cycle de vie paraissent aussi importants et aident à bien cerner la problématique posée. Il s’agit de la nourriture, de la guerre et de l’après vie.

Pour la nourriture, étant donné que l’humain est majoritairement omnivore,  la part de protéines animales qu’il ingère nécessite donc la mise à mort, le sacrifice d’autres êtres qui sont soumis à ce sort.
Pour celles et ceux qui s’en passent,  ce sont nos frères et sœurs du monde végétal qui paient le prix pour que nos corps et nos esprits continuent de fonctionner.
Mais les humains, dans leur globalité, considèrent qu’il s’agit de la mort d’êtres « faits pour ça », ce qui permet d’avoir une conscience tranquille la plupart du temps.
L’aspect guerrier est présent dans quasi toutes les cultures humaines,  transcendant les considérations ethniques et culturelles. Encore une fois, même les Dieux montrent l’exemple et se font des guerres.  Les humains, de même,  semblent avoir soif de mort dans le cadre de conquêtes,  de guerres fratricides,  de combats pour des valeurs défendues (liberté,  démocratie,  honneur, etc). Et dans ce cas aussi, la mort fait partie intégrante du processus. Tuer l’ennemi, c’est assurer sa survie, celle du clan et éloigner le danger.
L’après vie, quant à elle,  rassure pour ce qu’elle nous amène à considérer une possible continuité dans un autre monde, celui des esprits. Selon les cultes, on y va pour se transformer et choisir sa nouvelle vie terrestre,  ou bien on y reçoit la punition ou la récompense « méritée » en fonction d’un cahier des charges respecté ou non durant la vie terrestre.
Il n’y a guère que les athées qui composent avec l’idée que tout s’arrête d’un coup. Et même avec cette acceptance,  souvent pour soi, il semble toujours compliqué de l’accepter pour les autres humains que nous côtoyons.

Pour faire un bref résumé : la mort, oui, mais sous conditions.

Comment arrivons-nous donc à être à ce point schizophrènes ?
Comment pouvons-nous hiérarchiser l’acceptance de la mort ?
Pourquoi le fait de sauver des vies humaines (y compris des personnes très âgées,  malades et en souffrance) est-il tellement positivé quand le fait d’égorger des animaux, souvent jeunes et ayant vécu confinés paraît légitime ?
Quel est notre problème ?
Quel est notre rapport individuel et collectif à la mort ?

A toutes ces questions chaque personne peut répondre selon son propre système de valeurs et de croyances.

Pour ma part,  je souhaite juste remuer les certitudes et les conforts intellectuels liés à ces réponses.

En effet, si le cycle du vivant se fait de la façon décrite en début d’article,  ne vaut-il pas mieux l’accompagner dans l’amour et la bienveillance plutôt que chercher à le contrarier ? Est-ce que le fait de se connecter à l’âme de notre planète et de développer les spiritualités respectueuses de la nature pourrait nous amener à pallier à la plupart des problèmes qui font nos malheurs, à savoir : le pouvoir excessif et ses conséquences,  les guerres et les « nouveaux virus » ?

Ces questions sont importantes car elles remettent en cause nos vies telles qu’elles sont envisagées et envisageables. Et de la même façon,  nos pratiques spirituelles.
Est ce que le sacrifice animal et humain a encore du sens quand la grande majorité des humains aspire à la paix et la sécurité ? Parallèlement,  lorsque nous sommes en incapacité d’assumer les conséquences des dysfonctionnements que nous et nos pairs générons, sommes-nous encore légitimes en tant qu’espèce qui se considère comme « supérieure » ?
Il s’agit là de questionner le fait de donner la mort à des êtres qui n’ont rien demandé et de maintenir en vie coûte que coûte d’autres êtres qui « naturellement » partent.
Quelles énergies entretenons- nous ? Quels égrégores ?

Toutes ces questions, parfois orientées,  soulèvent nombre de tabous,  nombre de repères moraux ou cultuels.  Mais elles sont nécessaires. Le confort intellectuel,  surtout en situation de crise, n’est jamais la bonne réponse.
En attendant mieux, portez-vous de la meilleure façon que vous pouvez,  respectez la nature et le vivant, honorez vos Déesses et vos Dieux. Soyez toutes et tous bénis.

Auteur : Solrika

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer