La contemplation : entre philosophie, mode de vie et magie

La contemplation : entre philosophie, mode de vie et magie

Un petit tour d’horizon du concept de contemplation, depuis la philosophie grecque jusqu’à notre individu actuel, en passant par ses applications dans les domaines spirituels et magiques.

La contemplation, qu’est-ce donc ?

La contemplation est un concept à la fois nébuleux, et très varié selon la discipline qui nous sert de lunette.

Selon que l’on parle d’art, de philosophie, d’éthique, de religion ou simplement de flemme, les définitions et les regards au sujet de ce concept vont profondément changer.

Dans la mesure où il s’agit de mon domaine de compétence, je vais principalement parler ici de la contemplation telle qu’elle est envisagée en philosophie, mais je vais forcément aussi aborder ses conséquences et ses attributs sur le plan religieux comme sur le plan social et sociétal, sans quoi ça n’aurait que peu d’intérêt, mon but n’est pas de vous livrer un cours de philo’ !

Pour démarrer, on va donc simplement retenir une posture qui consiste à se placer devant le monde extérieur à nous-même, sans interagir avec lui directement, mais en restant malgré tout « actif » dans le regard que l’on pose, ce regard permettant, par la suite, de construire une pensée, une idéologie, une voie et/ou de la maintenir.

Pour faire simple, la contemplation sera envisagée ici sous la forme d’une observation créatrice.

La contemplation dans la philosophie antique

Avant Kant (qui arrivera plus d’un millénaire après), la contemplation a probablement été la première synthèse, ou en tous les cas le premier point de lien entre le platonisme et l’aristotélisme.

Je vais vous faire grâce encore une fois d’un cours de philo’ ici, mais pour faire simple, et même s’ils avaient des raisons différentes d’en faire l’apologie, Platon et Aristote louaient tous les deux, de leur vivant, la contemplation.

Et ça va bien au-delà :

au sein de la philosophie grecque, la contemplation est un idéal quasi divin que l’on doit tenter d’atteindre.

Ainsi, les citoyens, pour entretenir à la fois leur intellect et leur âme, doivent se livrer à cet exercice contemplatif, et ce afin de s’élever, que ce soit sur le plan spirituel ou sur le plan intellectuel, les deux allant de pair.

Si l’on veut résumer un peu les choses : la Grèce antique, que ce soit dans sa culture ou dans son organisation sociale, a tendance à recommander aux citoyens de s’adonner à une pratique qui « consomme » énormément de temps, et ce pour ne rien produire de matériel, de quantifiable.

Non, là c’est simplement dans le but de s’élever, vers quelque chose qui relève parfois du divin mais qui est surtout vu comme ce que l’on appelle aujourd’hui, l’hygiène de vie.

Mais vous me voyez venir j’imagine : si les citoyens consacrent autant de temps à une activité si peu matérialiste, donc qui ne produit rien parmi les biens de première nécessité (je reviendrai plus bas sur la définition du matérialisme), comment une cité peut-elle survivre ?

Pour comprendre tout ça, il faut bien évidemment remonter 2300 ans en arrière, et donc nous n’obtiendrons aucune réponse, puisque nous ne pouvons qu’interpréter.

Cela dit, nous pouvons tenter d’interpréter à partir d’un fait, à savoir qu’un certain nombre d’éléments qui permettaient cette contemplation quotidienne chez les citoyens grecs, n’existent plus aujourd’hui chez des citoyens français par exemple.

En premier lieu : les citoyens ne représentaient qu’une minorité de la population de la cité, et ensuite, ils avaient des esclaves pour les tâches quotidiennes.

C’est ici, et avec ces données que va émerger une contestation actuelle concernant la contemplation au sujet de laquelle on entendra :

  • C’est trop chronophage

  • C’était pratiqué uniquement par des riches parce qu’ils avaient des esclaves

  • On a pas besoin de ça de toute manière, il y a mieux à faire

Je tiens à souligner, pour y revenir, que les 3 points que j’ai énnoncés plus haut sont des arguments et des remarques émanant d’une prise de position matérialiste.

Malheureusement, de la même manière que l’on dit de quelqu’un qu’il est épicurien alors qu’il est hédoniste, de la même manière que l’on dit de quelqu’un qu’il est romantique alors que c’est l’opposé, le matérialisme n’échappe pas à cette règle.

Je ne vais pas forcément développer ça sur le plan philosophique ici, mais pour rappel : le matérialisme est ce qui consiste à s’occuper uniquement de son toit et de sa gamelle, et à mépriser tout ce qui ne rentre pas dans la catégorie des besoins primaires. Rien à voir avec ce que l’on en dit.

Pour résumer donc, avec la philosophie grecque, et sa culture également, le mode de vie qui la porte, on se retrouve face à la nécessité pour une minorité de personnes d’accéder à quelque chose de quasi divin, en « consommant », énormément de temps libre, temps libre octroyé par le fait que les citoyens étaient très peu nombreux et disposaient de beaucoup d’esclaves pour effectuer les tâches de « survie » à leur place.

Cela étant, si les grecs avaient des esclaves, est-ce qu’ils avaient réellement moins de moyens que ce qu’un individu de la classe moyenne + a aujourd’hui ? Est-ce que réellement aujourd’hui une CSP + a moins de temps libre qu’un citoyen grec d’il y a 2300 ans ?

Non bien évidemment, la réponse, comme la question en fait, est donc ailleurs.

La conception contemporaine de la contemplation

Comme je l’ai mentionné, l’appel à la philosophie grecque aujourd’hui peut sembler très désuet dans la mesure où l’on va vous répondre : « ouais mais ils avaient des esclaves donc c’est facile ».

Il me semble avoir évoqué brièvement que non, ça n’est pas si simple que ça, car avec la somme de technologies que nous possédons aujourd’hui, nous avons en réalité bien plus de temps libre que n’en avait le plus aisé des citoyens de la Grèce antique. D’autant que les citoyens, s’ils avaient du temps libre, avaient des charges publiques. Ce qui est aujourd’hui un métier dans la fonction publique ou la politique, était à l’époque du bénévolat obligatoire (jamais de la vie ils n’auraient rémunéré quelqu’un pour exercer des fonctions politiques par exemple…).

L’autre problème lié au fait d’associer la posture contemplative à du temps libre en abondance, c’est que l’on aura très facilement tendance à la relier à de la paresse.

Sauf que c’est très mal connaître la contemplation, mais c’est aussi très mal connaître les époques passées, ainsi que son propre présent, avec tout ce qu’il implique dans nos attitudes.

Car si la contemplation peut paraître désuète, voire fainéante pour beaucoup de personnes, dans la mesure où elle « consomme » du temps sans en rapporter. Quid de quelqu’un qui « consomme » son temps dans des activités qui ne rapportent rien de concret non plus sur le plan matériel/financier, voire qui dépensent à leur tour ?

Est-ce que la contemplation est si paresseuse que ça ? Ou n’est-elle pas tout simplement un pied de biche qui effraie notre porte à l’heure de la sur-stimulation ?

Mode de vie actuel et contemplation 

Je vous rassure, je ne vais pas faire ici le « vieux con », essentiellement parce que je ne suis pas si vieux que ça, mais aussi parce que les phénomènes que je vais décrire ont commencé avec la révolution industrielle, donc dès le XIXè siècle.

À partir de cette période, et d’une nouvelle manière de travailler comme de consommer, les deux allant de pair, notre attention a nécessairement du être dirigée sur l’un de ces deux points, et idéalement les deux en même temps.

Puis, vers la fin du XXè siècle, nos loisirs se sont développés, mais de manière toujours très active bizarrement, il fallait « en avoir pour notre argent », même s’il s’agissait de louer des pédalos…

Enfin de nos jours, et dès les années 2010, la frontière entre temps de travail et temps de loisir est devenue si ténue que les deux se confondent bien souvent. Le loisir devenant un temps de veille pour le travail, et le travail étant un temps de projection pour le loisir.

Dans cette confusion générale, dans ce marasme où nous sommes à la fois producteurs et produits, et ce à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, quid de la contemplation ?

Est-ce qu’il s’agit vraiment d’une posture plus paresseuse de celle qui consiste à scroller dans son lit pendant des heures ?

Ou au contraire, la contemplation ne serait-elle pas l’ultime acte d’effort que nous pouvons faire, dans un élan désespéré pour nous sortir d’une forme de torpeur ?

Il ne fait aucun doute que la posture contemplative ne relève pas du tout aujourd’hui de la paresse, car il n’y a plus d’esclaves pour nous dédouaner, excepté ceux que l’on accepte de devenir nous-mêmes.

Cela dit, sur le plan culturel, force est de constater que si vous êtes de nature contemplative, vous ne vivez probablement pas à la bonne époque ni au bon endroit.

Au final, et pour en revenir au début de l’article, la contemplation n’est pas nécessairement une posture culturelle ou sociale, donc acquise.

Difficile également d’affirmer qu’il s’agit d’un trait de caractère, et qu’elle est donc innée, ça se saurait, et ça se verrait beaucoup plus.

J’imagine au final que la contemplation actuelle doit relever d’une posture un peu romantique peut-être, quitte à vous placer en marge sur le plan sociétal.

De la même manière, dans l’antiquité grecque, elle a pu représenter un fardeau pour des gens qui devaient s’y soumettre alors qu’ils auraient probablement préféré occuper leur esprit et leur temps libre à autre chose.

Acquise ou innée, si on la porte, ce sera difficile dans tous les cas aujourd’hui, comme ça l’a probablement été il y a 2500 ans je pense, pour les personnes qui ne savaient pas quoi en faire.

Ne perdez pas votre temps, et si vous êtes contemplatifs, soyez le en sachant que vous ne le perdez pas !

La contemplation sur le plan spirituel et en magie

Sur le plan spirituel, on constate que la contemplation est une posture qui est plébiscitée dans de très nombreuses religions. À tel point qu’à l’instar des moines par exemple, certains individus la placent au centre de tout un mode de vie.

Ainsi, la contemplation est parfois considérée comme un outil permettant d’accéder plus aisément et de manière plus directe, au divin.

On peut évidemment appréhender cette notion en constatant que, dans une sorte de forme « passive », c’est-à-dire en se détachant au maximum de la matière, de l’environnement, de l’extériorité, nous accédons tout à la fois à une résilience et à une paix intérieure, une sorte de béatitude, indéfectible.

Mais l’on peut également appréhender la contemplation sous une forme plus « active », et fortement créatrice. Ainsi, en consacrant du temps à parcourir des sens le monde extérieur tout en se plaçant au centre, nos pensées fusent inévitablement, et de toute manière il n’est pas du tout question de les brider, bien au contraire.

Dans cette position, en bénéficiant à la fois de davantage de sérénité, mais aussi d’un temps dédié à elles, ce temps peut être bien plus qualitatif et prolifique, les idées devenant plus nombreuses, meilleures, plus fines, le tout constituant un véritable état de contemplation créatrice, qui a certainement beaucoup à voir avec ce qui était recommandé dans l’antiquité grecque, et dans lequel on peut aussi déceler une forme d’accès au divin.

En magie, et sur un plan purement pratique, un état contemplatif peut s’avérer extrêmement intéressant en matière d’entraînement notamment.

Si l’on reprend la définition établie au début de l’article, l’on constate que la contemplation est exactement la posture requise pour effectuer des exercices de visualisation et/ou de projection.

Ainsi, dans l’apprentissage de la magie opérative et des pré-requis indispensables pour obtenir des résultats, mais également dans l’entrainement quotidien d’un sorcier/mage, l’état contemplatif sera de toute manière une posture que nous devrons maîtriser, et dans laquelle nous devons être capable de nous plonger plus ou moins longtemps. Il est certain que les choses seront plus simple si cela nous est naturel et intuitif.

J’en ai à présent terminé avec ce tour d’horizon de la contemplation, un sujet qui peut paraître légèrement en marge de l’occultisme, mais il m’intéressait, déjà de par ses implications en philosophie, mais aussi car j’y voyais malgré tout un enjeu spirituel autant que pratique.

Cet article a été rédigé 100% sans IA (j’espère ne pas devoir me mettre à le préciser à chaque fois), 100% Bio donc, et essentiellement à base de contemplation !

Auteur : Shaël Eveningstar

Illustrations : Shaël Eveningstar

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